Bertrand Boissard
Diapason, France
avril 2026

Des rythmes joyeux, résolument solaires, animent la remarquable Glosa no 3, dont la robustesse tend vers Bartók—maître qu'il admirait, rencontra, avant de devenir son biographe. Le début de la no 6 semble convoquer les notes répétées du Gibet de Ravel, avant de naviguer entre le Debussy dépouillé des Epigraphes antiques et le Janáček erratique de Sur un sentier broussailleux. La Glosa no 8 ressemble à une lente et solennelle procession par ses larges accords déployés sur tout le clavier, le recueil s'achevant sur la monumentalité d'une page assez similaire.

Viennent ensuite les moins significatifs Embalos (1955-1973), cinq berceuses sur des thèmes folkloriques dont trois reçoivent ici leur première au disque. Assemblant vingt et une « courtes pièces de difficulté faible et modérée  », l'Album pour le jeune pianiste (1953-1963) s'inscrit dans la lignée des cycles pédagogiques de Schumann et, plus encore, Bartók: le rugueux n° 4 se souvient de l'auteur du Mikrokosmos, sans parler de l'Alla Bartók du n° 13.

Chants et danses (Rondel, Chula, Bailata) alternent avec des pièces empruntant à la tradition du clavier (Prélude, Choral, Toccata). Certains morceaux posent de vrais défis, par leurs harmonies raffinées, leur hiératisme exigeant (berceuse hypnotique du n° 10) ou leurs chausse-trapes techniques, tels ces trémolos dans le n° 15. L'album se referme sur une Journée glorieuse résolument allègre sous les doigts de Luis Duarte, brillant avocat de la musique de son compatriote.