David Fiala
Diapason, France
juillet 2017
PERFORMANCE

Faut-il encore pleurer la fin du Hilliard Ensemble, et de la Capilla Flamenca ? Voici déjà le dixième récital publié chez Hyperion par le quintette vocal masculin Cinquecento. Fondé à Vienne en 2004, par cinq chanteurs issus de cinq pays européens différents, il s’est fait une spécialité des compositeurs des cours Habsbourg d’Autriche du XVIe siècle, offrant une jolie pile de disques de référence à des maîtres déjà (un peu) connus (Richafort, Willaert, Philippe de Monte) ou franchement plus rares (Jacobus Vaet, Jacob Regnart, Philipp Schöndorff), couronnée en 2015 par un brillant album Lassus. Le Liégeois Jean Guyot de Châtelet appartient exactement à cette communauté de musiciens suffisamment talentueux pour attirer l’attention d’une cour impériale, mais dont le souvenir ne dépasse plus guère aujourd’hui sa ville natale. On conserve de lui, outre un dialogue littéraire sur les vertus de la musique, vingt-six motets, une messe, un Te Deum et seize chansons, dont six figurent déjà dans un savoureux récital profane polyglotte de Cinquecento. Son séjour à Vienne, en 1563-1564, fut écourté par la mort de l’empereur Ferdinand Ier qui l’avait recruté, mais la publication à Venise, trois ans plus tard, de plusieurs motets à six, huit et douze voix semble montrer que ces quelques mois furent intensément productifs. Cinquecento s’est concentré sur le grand Te Deum à six voix (le quintette étant rejoint par un second contre-ténor) et neuf motets. Le contrepoint de Guyot est d’une remarquable densité. Des motifs au dessin très sûr, presque lyrique à l’occasion, s’imbriquent dans une texture homogène et régulière. Ce qui risquerait, sur la durée, de nous porter vers une béatitude somnolente : c’est sans compter l’aisance et l’inspiration des interprètes ! La souplesse de Terry Wey, qui tient la partie supérieure, la richesse et l’ampleur non forcée des basses, la qualité des timbres et la perfection des intonations, la fluidité des phrasés et la diversité des couleurs : c’est bien simple, tout est là, comme aux plus belles années de la Capilla Flamenca, dans un style un peu plus précieux et élégant mais non moins éloquent. Longue vie à Cinquecento !