Michel Le Naour
Classica, France

Chez Wolfgang Amadeus Mozart, la légèreté, l'insouciance et la perfection formelle dissimulent une angoisse implicite, celle d'un homme qui médite sans cesse sur la mort. Dans ce florilège de pages pour clavier qui couvre différentes périodes de la création du divin Amadeus (des sonates de jeunesse pour clavecin composées à Salzbourg jusqu'à la dernière en ré majeur K576, «La Chasse» pour pianoforte créée à Vienne en 1789), que de chemin parcouru dans l'appropriation d'un style de plus en plus maîtrisé!

Toujours aussi virtuose dans les mouvements rapides (Presto de la Sonate K283) et souverain sur le plan digital, Marc-André Hamelin privilégie un jeu aérien et ludique non dénué de sécheresse (Sonate K545). À travers la transparence du toucher, la variété des nuances, la mise à nu de la structure (Gigue K574), il sait débusquer ce qui se cache sur le plan harmonique et polyphonique; mais si sa science pianistique fonctionne à merveille sur le plan technique, elle ne fait pas toujours la part entre la frivolité galante et le sentiment profond qui irriguent ces partitions (Adagio de la Sonate K570). Le même traitement s'applique à la Fantaisie K397 (complétée par les soins du soliste dans l'Allegretto conclusif) où la vivacité l'emporte sur la tendresse; les Rondos K485 et 511 apparaissent quant à eux plus superficiels que pénétrants. Une relative déception pour ce répertoire magnifié jadis et naguère par Walter Gieseking, Mieczysław Horszowski; Lili Kraus, Daniel Barenboim; Maria-João Pires, sans parler de la vision romantique et abyssale de Claudio Arrau.